Témoignage de FROIDBISE Vincent sorti en 1985, option électro – mécanique,
J’étais attiré par la technologie en général, probablement parce que je suis né à la ferme, et qu’il fallait savoir tout faire. Mon frère qui avait été « chez les Frères » comme on disait, 14 ans plus tôt, m’emmenait quelquefois voir l’éolienne fixée sur le toit d’un bâtiment à l’entrée de l’école, c’était vraiment précurseur à l’époque, j’avais toujours cette image en tête, et il y avait une espèce de magie qui m’interpellait. Il me semblait donc que cette école allait m’emmener à la découverte de beaucoup de nouveautés. Le choix de l’option électromécanique m’est apparu comme une évidence.
Je me souviens de mon tout premier jour de la rentrée à Saint Joseph, c’était en 2ème année du secondaire, et je dois dire que M. Poncelet, professeur de français, et M. Trompette, professeur de math, ont fait fort impression, en jetant les bases d’une discipline stricte d’emblée. A tel point que je me demandais s’il n’y avait pas eu erreur de choix de ma part. Puis petit à petit, l’atmosphère s’est détendue, j’ai trouvé ma place au sein de l’école. Bien que mixte, j’étais aussi étonné de la quasi exclusive masculinité des effectifs, notre classe n’aura compté en cinq années que deux ou trois filles, et c’était en option dessin de construction.
Boulot, études: mon parcours atypique
Le message qui était passé en fin de cycle était « il faut continuer vos études, faites au minimum un graduat après vos secondaires ».
Après Saint Joseph, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, je ne voulais pas entamer de longues et trop contraignantes études, et deux mois de vacances, c’est court pour décider de l’orientation d’une vie. Petit conseil au passage pour nos jeunes, préparer au moins un an à l‘avance votre orientation, ou faites un break d’une année, à faire du volontariat ou autre. Je me suis finalement inscrit à un graduat en automation à Saint Laurent à Liège. J’y ai croisé la route d’anciens de Saint Joseph, Didier Delvaux et Luc Lombet. Ces études se sont avérées bien plus complexes que je pensais, avec une forte orientation vers l’électronique appliquée, c’est ce qui m’avait fait choisir cette orientation, il y avait aussi beaucoup de mathématiques appliquées, de la régulation, beaucoup de théorie qu’il fallait très vite ingurgiter, en passant par le pneumatique, et l’hydraulique, bref un très large panel qui m’a appris à maîtriser bon nombre d’outils.
Après ces études, j’avais plusieurs propositions d’emploi, et j’ai choisi tout naturellement de continuer dans la société où j’avais effectué mon travail de fin d’études, Mecamold à Herstal. Chargé de la prise en main d’une nouvelle et imposante machine à commandes numériques, très vite, il fallut rentabiliser l’engin, et le travail devint vite monotone et répétitif. Je souhaitais mieux utiliser mes connaissances. Je suis parti aux FUND de Namur dans un laboratoire de Recherche en Physique. Là aussi, je me suis rendu compte que ce travail n’allait pas m’apporter ce que j’en espérais. Je me suis remis à la recherche d’un emploi plus intéressant et dans lequel je trouve plus de reconnaissance.
Mon constat était que les employeurs voulaient engager des personnes surqualifiées par rapport à la position offerte. Néanmoins, dans mon domaine, je voyais que les offres d’emploi alléchantes étaient pour des Ingénieurs Industriel, les gradués étaient malheureusement trop peu considérés et servant un peu à tout à la fois. Je le vivais mal et je le percevais comme un réel manque de confiance.
J’ai alors décidé de repartir sur les bancs de l’école. Je me suis inscrit aux cours du soir d’Ingénieur Technicien à l’Université du Travail à Charleroi. Des vingt-cinq inscrits en première année, nous l’avons terminée à trois. Combiner des études longues à une vie de famille et à un emploi à temps plein a demandé pas mal de sacrifices et de week-ends passés à étudier, régulièrement à plusieurs. Je souhaite rendre hommage à mon camarade Joseph D’Angelo, qui lui a démarré ces études après l’âge de 50 ans. De par les réajustements des titres et formations, nous avons obtenu cinq ans et demie plus tard un diplôme de Master en sciences de l’ingénieur industriel en électricité, option électronique pour ma part.
Ce nouveau papier en poche, j’ai immédiatement postulé aux emplois d’Ingénieur Industriel dans le domaine du développement de cartes électroniques, ce qui était devenu mon domaine de prédilection durant ces années.
En Belgique, le design de cartes électroniques est assez restreint, surtout en Wallonie. L’idée de créer ma propre société a aussi germé. Puis j’ai finalement trouvé un emploi à l’ULB dans un laboratoire de Chimie, où mon travail cette fois me convenait, j’avais beaucoup de liberté d’action, mais j’entretenais depuis longtemps une ambition professionnelle à l’étranger. J’ai passé plusieurs interviews dans deux Centres de Recherche européens, voyant qu’il y avait encore là, la possibilité d’exercer mon métier.
Dans l’attente, je combinais en plus de mon job à l’ULB, le développement de cartes pour un ancien collègue, ainsi qu’un travail d’une après-midi par semaine, de professeur de laboratoire d’électronique à L’IESN à Namur.
J’ai ensuite été engagé par le CERN à Genève. J’ai sauté le pas et j’ai décidé de tenter cette aventure, à l’âge de 38 ans. J’y travaille maintenant depuis 14 ans.
Ce centre compte 23 pays membres et beaucoup de pays non – membres avec des accords de coopération. Je fais partie d’une équipe qui s’occupe principalement de la protection des aimants supraconducteurs. Ceux-ci composent les 27 km de l’anneau du grand accélérateur de particules, le Large Hadron Collider (LHC), et situé à 100 mètres de profondeur.  Les dispositifs électroniques qu’il faut élaborer sont très spécifiques, ils n’existent pas sur le marché, et ils doivent résister à un environnement radioactif.
Des gens de tous horizons y travaillent. Dans notre équipe, je travaille régulièrement avec des personnes de nationalité grecque, allemande, serbe, hollandaise, française, polonaise, indienne, américaine, italienne, bulgare, hongroise, ukrainienne, russe, australienne, belge, suisse, espagnole, anglaise, norvégienne, finlandaise, portugaise, et j’en oublie sans doute.
C’est un exercice intéressant, et un exemple de coopération possible autour d’un objectif commun.
Famille
Marié, deux grands garçons de 26 et 24 ans, tous deux musiciens, l’un classique et l’autre moderne, et une fille de 18 ans s’orientant aussi vers le domaine artistique.
Souvenirs, anecdotes
La retraite à Orval avec M. Guiot, M. Rodrigue et un abbé.
Un événement particulier: le soir où nous avons dû rentrer en escaladant l’énorme porte d’entrée car rentrés trop tard d’avoir été boire un verre avec M. Rodrigue.
Lors d’une des célébrations très matinales, Alain Laloux qui rompt le silence religieux pour se moucher. Notre année a dû les décevoir car ils ont cessé de nous accueillir durant quelques années suite à cela me semble-t-il.
Un autre souvenir. Je n’y étais pas, mais ce qui m’a été raconté.
C’était en 5ème  je pense, lors d’une sortie sportive organisée, l’athlète de la classe Jacques Focant, se faisant dépasser à la course, comme une flèche, par M. Job. Il était déjà connu pour sa sagesse et sa force tranquille, on découvrait un tout autre aspect.
Lors d’une visite à Saint Roch, André Collard endormi sur une chaise après le repas de midi, un peu trop « copieux » sans doute. Cela n’avait pas plu à M. J. Dumortier.
Lors d’une sortie occasionnelle à « L’Estaminet » ou « Au Bruegel ». M. Alexandre qui met en doute la quantité de bière dans le verre servi par le barman. Ou encore, une soirée spaghettis avec quelques-uns de la classe et M. Alexandre, chez Marcel, lisez Marc Simonet, et Vincent Stasse qui voulait bien faire en proposant de payer son repas…chose qui lui fut catégoriquement et vertement refusée par le père Simonet! Qui se souvient de cela?
Ce qui a été le plus utile après le passage à Saint Jo
Pour la vie active
Tout en général, ce fut une formation solide et concrète, avec des professeurs de qualité et empreints d’humanité.
Surtout ce sacro-saint « ordre de grandeur » que les professeurs exigeaient que nous fassions avant n’importe quelle opération mathématique. C’est toujours de première utilité dans toutes circonstances de la vie dès que l’on a affaire à des chiffres.
Les installations électriques et leurs normes, les ateliers mécaniques et électriques.
Dans la vie professionnelle
L’utilisation des machines-outils, le démarrage étoile – triangle des moteurs asynchrones triphasés.
L’apprentissage d’un langage de machine à commande numérique (CNC).
Les relais Reed, initié par M. Alexandre, cela faisait partie d’un projet de fin d’année. Aujourd’hui au Cern, je teste différents types de relais Reed afin d’étudier leur fiabilité. Il s’agit de trouver une solution simple et ultra rapide à l’ouverture d’une boucle interlock.
Mes passions de l’époque
La moto, et les balades en forêt à moto.
Les liens d’amitiés
Je n’ai pas gardé de contact. J’ai revu par hasard Philippe Istat pour une intervention sur un ordinateur de mon employeur, Vincent Stasse à Namur, Philippe Petit à Andenne, Benoît Famerée à Louvain, Jean-Marc Tournai à Huy.
Un professeur qui t’a marqué
J’ai rendu visite il y a quelques mois à André Guiot, cela m’a fait grandement plaisir. Ses cours plus littéraires étaient un bol d’air parmi des cours très techniques, cela constituait un bon équilibre. M. Job a marqué les esprits de par sa sagesse, sa force, sa volonté, sa maîtrise, bref un exemple pour la vie.
A. Alexandre m’a donné l’envie de vraiment comprendre ce qu’était un transistor, ça a été le déclic de l’orientation de ma carrière je pense.
Notre dernier professeur de français dont j’ai oublié le nom. Nous abordions des sujets à l’époque qui sont au cœur de l’actualité aujourd’hui, tels que « Le Pen dans nos murs » ou une prise de conscience relative à une possible migration en masse des peuples du sud vers le nord. C’est un peu comme le souci de l’écologie aujourd’hui, il manque définitivement d’une vision à long terme.
D’autres également, mais je devrais en citer beaucoup.
Hobby actuel en relation avec mon passage à Saint Jo
J’ignore si c’est tout à fait en relation. Nous faisions régulièrement des sorties dans la nature, à Chevetogne notamment. Donc sans doute les ballades en montagne (merci M. Guiot), sorties en VTT depuis peu, voyages à l’étranger.
Le théâtre.
J’ai entrepris la construction d’une bonne partie de ma maison, et par la force des choses, cette « activité » est aussi devenue comme un hobby.
Ce qui est le plus important pour moi
Ce fut une solide formation très concrète, ce qui m’a permis d’affronter et de relever beaucoup de défis. On nous a appris à travailler sérieusement, seul ou en équipe, et à produire un résultat.
Globalement et avec le recul, je dirais qu’il ressort de ces années très importantes, l’acquisition d’une ouverture d’esprit, d’un sens critique, d’une volonté de comprendre les choses, d’un respect du travail et des collègues, d’une nécessite de faire les choses bien. Cela a aussi conduit à une chose très importante et qui a une fâcheuse tendance à se perdre de nos jours, qui est le sens des responsabilités.
Comment je perçois l’enseignement aujourd’hui
J’ai quitté la Belgique il y a 14 ans, je ne peux pas en commenter le présent.
Mais de ma petite expérience de l’enseignement, c’était 15 ans après ma propre formation de gradué, il fallait bien reconnaître la tendance. Les jeunes étaient intéressés par les réalisations, mais comparativement, les rapports de laboratoires étaient relativement légers, et lors des examens, je dirais, si je puis me permettre, qu’il y a 30 ans nos professeurs identifiaient plutôt les fautes, et il y a 15 ans, il fallait souvent chercher les points.
La différence est très perceptible aussi à l’université, où la première année est parfois une véritable hécatombe pour bon nombre d’étudiants. Un collègue professeur aux FUNDP me disait que les étudiants avaient du mal à bien comprendre les questions en français.
En mutation en relation avec les exigences actuelles de la société
En accord avec les souhaits du monde du travail
Je pense que c’est très compliqué au final de faire bouger les choses, chaque situation est différente.
Voici quelques-unes de mes réflexions.
Ce à quoi on aspire tous, outre l’aspect matériel, c’est tout de même d’avoir un chouette boulot, de se sentir apprécié, valorisé, et de pouvoir aimer les siens le plus longtemps.
Il y a des problèmes, il n’est pas acceptable par exemple de faire travailler quelqu’un en-dessous de ses compétences. C’est frustrant. Un suivi plus personnalisé pourrait être opportun s’il était souhaité par un jeune, pour ses choix, et aussi au sortir de ses études. L’employeur devrait pouvoir aussi être guidé dans sa sélection.
La société évolue, il semble moins facile de capter l’attention des élèves aujourd’hui. Peut-être qu’en travaillant avec d’autres outils, qu’en en inventant de nouveaux, ou bien en proposant des projets, composés de matières diverses, cela aiderait à la motivation.
Je suis par ailleurs persuadé que les jeunes ont toujours besoin de modèles, qu’ils peuvent encore trouver chez certains de leurs enseignants. La tablette ne pourra jamais tout remplacer.
Pour intégrer un même phénomène, certains auront besoin de plus de temps, mais ce n’est pas forcement du temps perdu, ce temps consacré est lui-même vecteur de créativité.
En conclusion : ma vision depuis l’étranger et de par mon expérience.
La Belgique occupe une place honorable au niveau de l’enseignement, mais il faudrait se renouveler et voir aussi ce qui se passe ailleurs. Mettre l’accent sur ce qui se fait concrètement dans le milieu du travail me parait important. Certains outils ou matières sont désuets. Même s’ils ont été importants d’un point de vue apprentissage, il vaut mieux former les jeunes aux outils utilisés aujourd’hui, tant qu’à faire. Saint Joseph a été un exemple avec l’informatique à l’époque.
Notre enseignement est fortement basé sur la compréhension, cela me parait essentiel, ce n’est pas le cas chez tous nos voisins, certains privilégient plutôt la restitution.
Notre modestie nous honore, mais au niveau de nos compétences sur le marché du travail, nous pouvons aussi être fiers et ne pas rougir face à nos voisins.
Nous avons l’avantage d’être un petit pays, et donc d’être plus réactif. L’apprentissage de l’anglais très tôt et en s’amusant, est nécessaire pour chacun. Tous ceux qui viennent des pays au nord de chez nous le maîtrise, et c’est un réel atout. Pourquoi pas nous ?

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