Témoignage de Catherine Laurent sortie en 1998.
Catherine Laurent est logopède de formation. Aujourd’hui, elle se met au service d’élèves en difficulté d’apprentissage et de leurs familles. A St Jo !
Après mon secondaire en latin-langues, j’ai fait un graduat en logopédie à la Haute Ecole André Vésale à Liège. Ce qui m’avait menée là ? D’une part, une rencontre marquante avec une ancienne élève de St Jo, Marie Boka, elle-même logopède, avec qui j’avais pu parler lors d’une journée- organisée par St Jo- de découverte des études supérieures et des métiers. Et d’autre part, une journée de rencontre à Mont Godinne avec des patients adultes en rééducation après un accident neurologique, ce qui correspondait à ma première idée du métier de logopède.
Mon premier objectif ? Travailler en France qui a un vrai besoin de logopèdes. Mais ma première étape fut en fait La Courte Echelle à Bierges, un centre de logopédie où je travaillais en équipe avec des psychologues, des psychomotriciens et des kinés. J’étais indépendante et après Bierges, ce fut une école de Rixensart . 10 ans de travail et une réflexion qui s’en suit : comment concilier vie de famille avec trois enfants et vie professionnelle souvent en fin de journée scolaire ?
La destin répondit à cette question car le directeur de St Jo EG , Monsieur Leveau, et Monsieur Rondiat m’appelèrent en 2012 pour un travail au service d’élèves en difficulté d’apprentissage. Ce fut d’abord un mi-temps. Depuis 3 ans, c’est un temps plein.
Mon travail consiste à aider des ados -qui ont eu souvent des années de rééducation -à saisir l’opportunité de ce qu’on appelle les aménagements raisonnables. Depuis 2 ans, les écoles sont décrétalement obligées de prévoir certains aménagements pour des élèves qui sont atteints de dyslexie, de dysphasie, de dyspraxie, de dysorthographie ou de dyscalculie, ou qui ont des troubles de l’attention. Ces élèves peuvent, par exemple, disposer de temps supplémentaires lors des évaluations, ou d’une tablette ou d’un ordinateur pour répondre aux questions. Le but est que ces élèves ne soient plus désavantagés par leur(s) trouble(s) mais bien évalués sur la base de leurs compétences propres.
On peut estimer que cinq à sept pourcents des élèves de St Jo ont un problème d’apprentissage de ce type. Au CE1D de juin dernier, quelque 35 élèves ont pu bénéficier de ces aménagements raisonnables.
En dehors de ces aménagements raisonnables, je donne un avis sur demande du conseil de classe, même au-delà du premier degré. Je suis bien évidemment souvent en contact avec le PMS.
Ma satisfaction, c’est que je suis partie de rien. Il a fallu tout inventer, y compris créer le chemin de la confiance des enseignants de l’Institut. L’évolution est favorable, car de plus en plus d’enseignants se rendent compte des troubles de l’apprentissage, tout en étant parfois démunis au moment de l’aide. C’est parfois un peu plus compliqué au troisième degré car certains enseignants ont l’impression d’un certain favoritisme. Mais l’idée fait son chemin. Et les élèves me perçoivent comme quelqu’un à l’écoute. Pas toujours évident pour des élèves parfois avec un gros passif scolaire et ré-éducationnel. Ma meilleure réussite de cette année, c’est un élève de 2° avec des problèmes de dysorthographie et de dyslexie. Il a réussi son année pour faire ensuite ce qu’il veut : l’électro-mécanique en qualification . Le soutien des parents est indispensable.Il faut le redire !
Lorsque je repense à mon parcours à St Jo, je revois spontanément deux éléments. D’abord, mon professeur de français de 2°, Monsieur André-Marie Viroux qui m’a donné le goût de la lecture et des romans. Le livre me sert encore aujourd’hui à rendre confiance en soi à des élèves qui l’ont perdue. Redonner du plaisir d’apprendre…. Ensuite, il me semble que j’ai eu des profs qui –majoritairement- pensaient que tout le monde a sa place à l’école. C’est devenu ma conviction de tous les jours : chaque élève est capable du meilleur. Je crois en une école qui prend la différence en considération. Il s’agit aussi simplement d’apprentissage de la citoyenneté. Oui, on peut apprendre avec quelqu’un de différent !

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