Quelques souvenirs avec Vincent Goffinet sorti en 1968.
La fréquentation de l’Institut Saint-Joseph de Ciney entre septembre 1954 et juin 1968 a été une riche et longue expérience, douze années mémorables qui ont laissé de nombreux souvenirs. En voici quelques-uns, des anciens mais aussi de plus récents.
Le Frère Marcel
Un an après mon frère ainé Olivier, je suis entré à l’âge de cinq ans à l’Institut en 1ère année dans la classe du Frère Marcel. Ce maître attentif et généreux a appris à compter et à lire à plusieurs générations d’élèves selon une méthode personnelle très efficace. Avec seulement cinq lettres bien assimilées, je pouvais lire après quelques semaines une première phrase : « Remi a ri » ! Pour l’écriture, nous nous servions encore de touches et d’ardoise. Au centre de notre classe donnant sur la cour des anciens bâtiments de la rue Courtejoie aujourd’hui disparus, trônait un gros poêle à charbon que le frère Marcel allumait en hiver avant l’aube, pour le confort de ses petits élèves qui pouvaient y réchauffer leurs bouteilles métalliques remplies de café au lait. Parmi nous, de nombreux élèves venaient des villages agricoles environnants et des milieux ouvriers cinaciens où le parler wallon restait très présent. Soucieux d’apprendre à ses élèves un français correct, le Frère Marcel nous interdisait de parler wallon à l’école. C’est cependant à la cour de récréation que j’ai pu en apprendre les rudiments qui me permettent de le comprendre et de le parler un peu aujourd’hui. À la fin de cette année scolaire 1954-1955, Ciney fut le théâtre de manifestations dans le contexte de la deuxième guerre scolaire. Un matin, le Frère Marcel, bouleversé, nous annonça que les fenêtres de sa chère école avaient été caillassées la nuit par des manifestants opposés à l’enseignement libre…
Interruption et retour à l’Institut en humanités
Après ma quatrième année, mes parents m’ont inscrit en pension avec mon frère ainé à l’école abbatiale de Maredsous. Mais après une deuxième année interrompue pour raisons de santé, je suis revenu en septembre 1961 à l’Institut en « 6ème latine » comme on appelait à l’époque la première humanité latin-grec. Cette section avait été créée l’année précédente à l’initiative du Frère Directeur, Médard-Maurice – le « diro » comme on l’appelait affectueusement – , ce qui était une première au sein de l’enseignement lasallien. Le titulaire était Paul Gilmard, ainé d’une fratrie qui a fourni plusieurs professeurs à l’école. L’année suivante, le titulaire de cinquième, Herman Simons, me donnait le goût de l’histoire, passion dont je ne me suis jamais départi. C’est peut-être pour prolonger ce plaisir que j’ai bissé cette année. Ce bis m’a aussi donné une nouvelle bande de copains dont neuf ont terminé avec moi leur rhéto en juin 1968 dans la classe d’Yvan Moxhet qui comptait alors treize élèves. Véritable maître, notre titulaire nous dispensait les cours de français, latin, grec, histoire et religion dans une belle perspective humaniste. Au-delà des matières au programme, nos débats portaient entre nous sur le développement de la guerre au Vietnam mais surtout sur la tentative de libéralisation du communisme entamée lors du « Printemps de Prague ».

Cette même année 1968, notre voyage de rhéto nous amena à Paris à la fin du mois d’avril, guidé par notre titulaire. Au programme : musées, Comédie française, monuments, etc. Nous logions dans une pension au Quartier latin proche de la place de la Contrescarpe. Dans les cafés étudiants que nous fréquentions le soir, nous pouvions déjà percevoir une effervescence, un mouvement de contestation qui déboucherait quelques jours plus tard sur le soulèvement étudiant de « Mai 68 ». De retour à Ciney, certains d’entre nous regrettaient d’avoir manqué de peu un tel événement dont nous suivions passionnément l’évolution.
Des retrouvailles : 50 ans de sortie de rhéto
Le 9 septembre 2016, quelques anciens de cette rhéto ’68 se retrouvaient à Ciney à l’occasion de la fête Générations St-Jo organisée à l’Institut, c’était Jean-Luc Wilmet, Jean-Marie Labar, Philippe Hébette et moi-même. Contacté, mais en vacances à ce moment, Jacques Bertrand nous suggérait de se retrouver pour fêter les 50 ans de sortie de rhéto en juin 2018. L’idée fut immédiatement adoptée par les présents ; il ne restait plus qu’à retrouver tous nos anciens condisciples. Trois d’entre eux nous avaient quittés bien tôt : André Desille, Hubert le Hardy de Beaulieu et Donald Wilhelm. Nous restions dix « survivants » qui acceptèrent le projet, sauf trois, empêchés ou résidant à l’étranger. André Delsemme, lui-même ancien professeur à St-Jo, se chargea de contacter nos anciens professeurs et directeurs et Jean-Luc Wilmet, de rassembler une riche documentation photographique, et nous convenions de nous retrouver le 26 juin 2018 chez moi à Reux.
Notre ancien frère « diro », le Frère Médard-Maurice, redevenu Monsieur Louis Hocquet, accepta, malgré son grand âge, de se joindre à nous ainsi que deux anciens professeurs : Paul Gilmard, notre titulaire de 6ème, et Benoît Guillaume, titulaire de poésie devenu entre-temps directeur. Parmi les anciens étaient présents : Jacques Bertrand accompagné de son épouse, André Delsemme, Mutien-Marie Gilmard, Philippe Hébette, Jean-Marie Labar, Jean-Luc Wilmet et moi. Après l’apéritif, nous nous sommes retrouvés autour d’une plancha, et Louis Hocquet nous fit revivre avec talent et humour sa longue carrière de directeur et de nombreux souvenirs de sa vie et de la nôtre à l’Institut, évoquant quelques « figures » de nos professeurs : Mr Soubert, le Choumaque (le Frère Ménandre-Luc) et d’autres.
Le lendemain de cette soirée mémorable, je recevais le diplôme de master en histoire à l’Université catholique de Louvain où je poursuis actuellement comme « jeune [sic] chercheur » et doctorant. Merci à mes maîtres de Saint-Joseph – et en particulier à Herman Simons – qui m’ont inoculé le goût de cette matière jusqu’à en reprendre l’étude après avoir clôturé une longue carrière dans le monde des Assurances.

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