Témoignage de Mathilde Marchal sortie en 2016.
Lorsqu’on évoque le mot « école », de nombreuses choses peuvent venir à l’esprit : les longs devoirs qu’il fallait faire à la maison, les heures de sport qui devenaient parfois des heures de torture ou encore les cours qu’il fallait étudier en se demandant si cela allait réellement nous être utile un jour. Pour ma part, Saint-Joseph m’a marquée d’une toute autre façon. Avec le peu de recul dû à mon jeune âge, ce que je retiens de toutes ces années, ce ne sont pas des cours mais bien une formidable aventure humaine- riche en rencontres et en émotions- qui m’a initiée à la vie.
Saint Joseph, c’est d’abord une école primaire. Je me souviens particulièrement de deux professeurs qui m’ont invitée à m’ouvrir au monde : d’une part, Monsieur Morbois qui nous proposait de regarder le JT une fois par semaine pour discuter de l’actualité en classe, et d’autre part Monsieur Tilmant qui nous faisait découvrir l’anglais au moyen de vidéos ludiques, les « Magic English » (vous aussi vous entendez encore la petite musique du générique dans votre tête ?…)
Saint Joseph, ce sont aussi de nombreux voyages entre amis à travers l’Europe : une balade aux lanternes dans les dunes de Blankenberge, des gamelles à skis à Caspoggio, un voyage latin dans les musées de Paris, une découverte de Londres et surtout trois Eurodyssées merveilleuses. L’une sur une plage de sable fin en Grèce, une autre autour de tortilla patata en Espagne et une dernière en trottinette sur les pentes des montagnes de la République Tchèque. Là-bas, j’ai eu l’occasion de rencontrer des gens, des cultures, des idées différentes. Je suis tombée dans des familles d’une infinie gentillesse dont je garde aujourd’hui encore un doux souvenir, avec l’espoir de les revoir un jour.
Saint Joseph, ce sont de merveilleuses rencontres. J’y ai notamment rencontré une sympathique bande de « patates » dès la troisième secondaire, qui m’a fait vivre d’incroyables années pleines de rires. Aujourd’hui, nous faisons nos études aux quatre coins de la Belgique, mais nous ne manquons pas de nous réunir régulièrement et de prendre des nouvelles grâce aux réseaux sociaux.
Saint Joseph, ce sont malheureusement aussi des moments de tristesse qu’on vit ensemble. Une année, c’était l’envol d’un de nos camarades de classe qui nous a profondément marqué. L’année suivante, c’était notre professeur de latin, Monsieur Cochart. Nous étions effondrés… Ce genre de tragique évènement nous a enseigné à quel point la vie est précieuse, fragile, et qu’il faut profiter de chaque instant présent.
Saint Joseph, c’est également un accompagnement lors d’un drame personnel. Alors que je terminais ma 6ème primaire, j’ai appris que mon papa souffrait d’un cancer du poumon. Après trois ans de combat, je ferme ses yeux définitivement en le remerciant pour ces années à ses côtés. L’école ayant été prévenue, j’ai alors été face à une toute autre version du monde enseignant, très humaine, remplie d’empathie et de soutien émotionnel. Le directeur Monsieur Leveau a été particulièrement attentif à mon égard, m’accueillant dans son bureau pour discuter. J’ai aussi été très touchée par le nombre de professeurs venant rendre visite au funérarium et mes camarades présents à l’enterrement. J’ai gardé toutes les petites cartes de visites tant elles m’ont touchée. Alors que mon père venait à peine de décéder, je partais pour la Grèce. Ce pays m’a profondément marqué : chez eux, la famille a une importance sacrée. Je n’étais pas encore partie que le professeur grec a téléphoné à ma maman pour lui présenter ses condoléances et promettre qu’il veillerait sur moi.
Saint Joseph, ce sont aussi de nombreuses anecdotes. Pour n’en citer qu’une, avec plusieurs copines nous avions eu l’idée d’offrir à certains de nos professeurs des roses dans le cadre du financement du bal rhéto. Et la réaction de l’un des professeurs m’a touchée : elle est venue nous remercier, des étoiles plein les yeux et un grand sourire sur le visage. Et là ,on réalise qu’en tant qu’élève on peut aussi rendre nos profs heureux, par un simple geste…
Saint Joseph, ce sont surtout des profs incroyables, bien que tous très différents. Chaque professeur apporte quelque chose aux étudiants, sans s’en rendre compte. Madame Wilmet m’a apporté du réconfort et a séché mes larmes lors du décès de ma mamy. Madame Helewaut m’a donné un peu confiance en moi sans le savoir lors d’un cours d’art d’expression par une simple phrase (« tu es comme une princesse, aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur »). Madame Donnay a pris soin de moi lors d’une chute de tension en plein cours (pardon pour la petite frayeur). Je n’ai malheureusement pas la place pour citer tout le monde mais nombreux sont les professeurs qui nous encouragent, nous apportent du soutien ou nous font rire lors de sorties extra-scolaires. Je me dois aussi de souligner l’importance d’une prof exceptionnelle, celle qui a certainement éclairé mon chemin de vie, ma prof de math, Madame Meert qui m’a donné le goût des maths et m’a ainsi permis de faire mes études actuelles.
Saint Joseph, c’est finalement… un départ vers une autre vie. Agée de seulement 21 ans, il me reste encore énormément de choses à construire, découvrir. Je suis partie à Louvain-la-Neuve il y a trois ans avec d’autres étudiants de Saint-Jo pour entamer des études d’ingénieur civil : nous nous sommes tous liés d’une belle amitié là-bas, excepté Ysaline Demars qui était déjà mon amie depuis la maternelle ! Avec elle, j’ai vécu une superbe première année en kot, avant que mon compagnon Sébastien ne me rejoigne sur Louvain pour prendre soin de moi le temps de mes études. Je l’ai rencontré quelques jours seulement après le décès de mon papa, comme si ce dernier m’avait envoyé un ange pour veiller sur moi.
Durant ma première année d’études j’ai beaucoup douté de moi, de mes compétences, je ne me sentais pas à ma place…
En plus je venais de l’option latin, j’avais donc beaucoup de retard dans les cours de sciences. Mais finalement, après trois années de travail acharné, nous rentrons désormais en première année de master. Pour ma part, je vais m’orienter dans le secteur du génie biomédical (non, non, les ingénieurs civils ne servent pas qu’à faire des ponts !). J’hésite encore entre la spécialisation en biomatériaux ou physique médicale/médecine nucléaire, sans trop savoir où je vais… Mais qui sait, peut-être qu’un jour je contribuerai à sauver d’autres papas !

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