Nan Sralang

Témoignage de Sralang Nan sorti en 1994.
Sralang Nan est ingénieur commercial sorti de Solvay. Après un parcours en private banking dans une grande banque belge, il est aujourd’hui consultant en gestion pour des PME.
Je suis arrivé à Saint Joseph lors de ma troisième année secondaire. J’y ai fait un parcours multiple en me frottant au latin, à l’économie pour finir mon troisième degré en maths 8 heures, langues et physique. Je garde un souvenir de mon professeur de français de 3°, Monsieur Mathieu, il avait un accent en français qui m’a donné le goût de la « belle » langue française.
J’ai eu la chance de participer au programme Lingua qui m’a donné l’opportunité de vivre une belle expérience humaine de quinze jours dans une famille irlandaise et d’apprendre l’anglais autrement.
Mon parcours de vie est sans doute particulier. Mes parents et nous – mes sœurs Louk-Hourpy, Morning-Phal et Niraratha, et moi- avons dû nous enfuir du Cambodge. On était en 1979 : c’était l’époque de la guerre du Viêt Nam, des Khmers Rouges communistes et tout intellectuel était dangereux pour le régime, très souvent enfermé dans un camp de ré-éducation. Papa était enseignant et maman infirmière. Arrivés dans un camp pour réfugiés au-delà de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, le hasard d’un avion plus précoce vers la Belgique que vers le Canada, notre destination initiale, nous a amenés, nous une famille dite nombreuse – via la Croix Rouge- vers Ciney. La famille Gilson de Ciney, gestionnaire d’un abattoir, nous accueillit. Papa a travaillé 40 ans pour l’abattoir, maman a été aide-soignante au Home du Sacré Cœur de Ciney. Ce n’était pas leur vocation initiale.
De mes racines, j’ai probablement gardé une certaine philosophie de vie : l’être humain n’a pas besoin de grand-chose. Les besoins matériels ne doivent pas être une finalité en soi. Par contre, avoir l’opportunité de se rendre compte que le temps de vie dont nous disposons sur terre est notre bien le plus précieux, cela permet d’orienter ses choix privés et professionnels dans le but ultime de vivre intensément des étapes de vie certainement bien plus enrichissantes. J’ai sans doute en moi le sens de l’honneur, du respect, du devoir et du travail bien faits auquel mon éducation a contribué.
Mes parents étaient des réfugiés politiques que la Belgique a accueillis dignement. Aujourd’hui, il y a en Europe une très grande immigration de réfugiés politiques et économiques venant d’Afrique et du Moyen Orient. On entend qu’il s’agit d’un enjeu majeur. Je pense que l’Europe se doit d’accueillir ces réfugiés. Ceux-ci ne doivent pas vivre en vase clos, en autarcie. Les parents et les jeunes ont aussi le devoir de s’intégrer dans leur pays d’accueil. Ils ont quelque chose à apporter dans une Europe au profil démographique déclinant. Si l’Europe leur permet d’accéder à des qualifications, les réfugiés peuvent apporter un plus. Mes sœurs et moi avons voulu nous intégrer et nos parents l’ont souhaité d’une façon incessante. Louk est maintenant enseignante en économie dans une école de Bastogne, ceci après un parcours dans une banque luxembourgeoise, Morning est avocate spécialisée en droit social et travaille à Bruxelles. Nira, ma plus jeune sœur, est médecin généraliste à Dinant.

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