Romedenne François

Témoignage de François Romedenne sorti en 1995.
François Romedenne est l’actuel directeur du Centre de la Croix Rouge de Natoye en charge de l’accueil de demandeurs d’asile. Licencié en communication de l’UCL après mes études secondaires, j’ai d’abord travaillé à l’agence de développement local de Bouillon tout en poursuivant mes études, puis ai été engagé comme responsable du Syndicat d’Initiative de Rochefort. En 2006, la Croix-Rouge crée un centre d’accueil pour demandeurs d’asile dans l’ancien « Relais-Patro ». J’y entre comme directeur adjoint. En mai 2008, j’en deviens le directeur. Mes journées sont bien chargées ! Il y a les attentes de l’équipe de 35 personnes, celles des résidents et celles de l’environnement proche du centre.
L’équipe compte entre autres deux directeurs-adjoints, des personnes responsables de la comptabilité, de l’intendance et de la logistique, un service médical et un service social. Nous pouvons accueillir 269 personnes. Pour le moment, il y en a environ 250.
Les résidents sont des demandeurs de protection internationale. Ils ont fui leur pays parce qu’ils y étaient persécutés. Beaucoup sont traumatisés et souffrent de blessures physiques et psychologiques. En ce moment, les résidents viennent principalement de Palestine, Afghanistan, Syrie, Irak et Guinée. Notre travail, c’est d’abord d’assurer leur sécurité et de répondre à leurs besoins primaires (logement, nourriture, santé, sanitaire…). Chaque famille dispose d’une grande chambre et les individuels sont logés dans des chambres de 2 à 8 personnes. En moyenne, les résidents restent environ 18 mois au centre, en attente d’une réponse à leur demande de protection internationale. La Croix-Rouge veille à mettre à profit ce temps d’attente et propose un catalogue de formations qui s’intègrent au parcours d’intégration obligatoire de la Région Wallonne. Nous organisons ainsi des cours de français langue étrangère en partenariat avec une école de promotion sociale, et des formations visant à l’intégration en Belgique (ateliers citoyenneté, Belgique mode d’emploi…). À l’ouverture du Centre de la Croix-Rouge à Natoye, nous avons été confrontés à certaines craintes de la population locale.
Aujourd’hui, elles sont en grande partie levées mais nous continuons à faire de la prévention afin que la cohabitation se passe au mieux.
Mon métier me plaît beaucoup. En effet, j’y contribue quotidiennement à une cause qui me tient particulièrement à cœur. Je pense ainsi, à ma petite échelle, jouer un rôle actif pour tendre vers plus de solidarité et de justice, et surtout lutter pour plus d’ouverture à l’autre en ce temps ou le repli sur soi est la tendance dominante.
En Belgique, actuellement, environ 50% des demandeurs d’asile obtiennent la reconnaissance du statut de réfugié. Nous recevons souvent le merci de ceux qui partent et avons parfois la visite d’anciens résidents qui reviennent dire bonjour, comme cette dame rwandaise arrivée en 2008, seule avec ses deux filles. Elles galéraient sur les routes de l’exil depuis 14 ans et ont finalement quitté le centre sans réelle solution. En 2018, cette dame est revenue au centre montrer son « village natal » à son mari entretemps retrouvé. Elle était très fière de m’expliquer que ses filles avaient brillamment réussi et que la vie leur souriait en fin. Aussi professionnels que nous soyons, nous ne sommes pas sans affect. J’en ai encore des frissons quand j’y repense.
Mes convictions, je pense les avoir forgées (et les faire encore évoluer) en prenant ce qui me convient au gré des rencontres diverses que j’ai pu faire depuis ma jeunesse. L’école a bien sûr œuvré en ce sens. Elle n’a pas contredit l’éducation de mes parents vers plus de justice sociale et de solidarité. Je me souviens des voyages Eurodyssée en France, en Italie, en Suisse et en Espagne. De très beaux souvenirs, sauf en Italie où je me souviens avoir été très choqué par les saluts nazis des supporters de Naples, en prélude d’un match à l’Atalanta Bergamo.
Si j’avais un message à délivrer aux jeunes de St-Jo, je leur dirais de se faire leur propre idée des choses, de ne pas relayer aveuglément les informations qu’ils reçoivent. À la Croix-Rouge, nous disposons d’outils de sensibilisation aux questions de la migration qui sont adaptés à tous les âges, dès la 3° primaire. Nous pouvons organiser des visites interactives du centre ou aussi venir à l’école avec des résidents. Personne ne sort complètement indemne de ces rencontres.

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