Crucifix Michel

JOUR J-78 : Témoignage de Michel Crucifix sorti en 1994.
Sorti de rhéto en 1994, Michel Crucifix entame des études de physique à Namur, puis à l’UCLouvain où il est diplômé docteur en Sciences en 2002. Il rejoint l’Angleterre et travaille quatre ans au Met Office Hadley Centre, avant de réintégrer la Belgique pour monter une équipe de recherche sur les âges glaciaires et la théorie Gaïa. Michel est professeur à l’UCLouvain, maître de recherches du Fonds National de la Recherche Scientifique et membre de l’Académie des Sciences.
Ma première rentrée dans la grande école. François, que je ne connais pas et qui m’intimide un peu, s’écrie : « He Pierre, on en a trouvé un qui est encore plus petit que toi ». C’est ainsi que débutèrent douze années inoubliables qui impriment ma vie.
L’école primaire de Saint-Joseph ne manquait pas aux valeurs chrétiennes, un brin conservatrices sans doute, mais joviales aussi : La Collégiale vibre encore du « Shalom Aleichem » que nous chantions — criions — en bouquet final sous la guitare de Monsieur Sacré.
Les trois dernières années de mon parcours à Saint-Joseph sont quant à elles celles d’une expérience décisive. Le corps enseignant avait uni ses forces pour créer une aventure unique et visionnaire : l’Eurodyssée. Ciney devenait capitale européenne pendant les vacances de Pâques, réunissant des jeunes des 12 coins de l’Europe. Venait ensuite le voyage retour chez les élèves que nous avions hébergés. Une semaine au Danemark, une en Irlande, une en Grèce enfin. Trois cultures, trois écoles, trois métamorphoses.
Les années ont passé, et je suis devenu climatologue. J’avais réalisé un bon mémoire de physique à Namur, mais ce qui m’intéressait, au fond, c’était ce qu’on appelle aujourd’hui les géosciences, c’est-à-dire, les sciences dont l’objet d’étude est notre Terre. J’ai donc contacté le professeur Berger qui enseignait la climatologie l’UCLouvain, et il m’a aidé ȧ rédiger une demande de bourse auprès du fonds National de la Recherche Scientifique, le FNRS. La thèse en poche j’ai été recruté par le Met Office, en Grande-Bretagne, où pendant quatre ans j’ai poursuivi mes recherches sur les causes de la dernière grande glaciation. Je suis revenu en Belgique en 2006.
Être chercheur, c’est lire beaucoup, apprendre sans cesse, se confronter à ce que l’on croit connaître, voyager, développer des théories, et les écrire. C’est être jugé, aussi. Du verdict des agences de financement va dépendre les moyens dont vous disposerez pour constituer une équipe. Une évaluation est un bon serviteur et un mauvais maître. On passerait à côté de l’essentiel en ne cherchant qu`à obtenir « de bons bulletins ». C’est sans doute vrai dans tous les métiers.
Face à ce péril, on dit souvent que l’enseignement est l’hygiène du chercheur. C’est bien vrai. J’enseigne à l’UCLouvain depuis 2007. Mon travail ne trouverait pas de sens sans les échanges quasi quotidiens avec les étudiants, les collègues de toutes disciplines, et l’ensemble des publics rencontrés au gré des conférences. C’est lors d’une de ces conférences ȧ Ciney que j’ai pu revoir de nombreux professeurs de Saint-Joseph. Parfois avec quelques rides ou kilos en plus… mais pas toujours ! C’était pour moi un grand moment qui m’a donné l’occasion de leur témoigner la reconnaissance qui leur est due.
Pour être honnête, on n’y pense pas vraiment quand on a quinze ans. Alors, je vais le dire une fois encore. À tous les professeurs qui, aujourd’hui encore, consacrent leur temps, leur énergie, et leur patience à transmettre la connaissance, l’estime de soi et des autres, génération après génération, je voudrais dire merci. Vous faites honneur au plus beau métier du monde.

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