Damoiseaux Hugo

JOUR J-122 : Témoignage de Hugo Damoiseaux sorti en 1980.
Saint Jo et moi ?

 

C’est une histoire de douze années qui a commencé par quatre années primaires dans les classes aménagées dans les locaux du couvent des Pères Capucins, juste en dessous de l’internat. Une merveilleuse petite école de village en somme !
Pourquoi là-bas ? Tout simplement parce que j’habitais à l’époque tout à côté. Ensuite, ce furent la 5° et la 6° « à la grande école » de la rue Courtejoie.
Quel changement ! Une cour de récré avec du tarmac, c’est autre chose que de jouer au foot dans la boue ou aux billes dans la terre entre les racines des arbres (auxquels il nous était d’ailleurs interdit de grimper…)!
Tout naturellement, les classes secondaires ont succédé à celles de primaires.
Suivent trois années dans l’enseignement général d’abord, mais je dois avouer que le latin, le grec ou les sciences sociales (dénomination d’alors ??) ne me passionnaient guère.
Par contre, je voulais tâter à la technologie. Mais déjà à cette époque, l’enseignement technique souffrait de son manque de reconnaissance.
J’ai donc « migré » vers les bâtiments du haut de l’école, en laissant tous mes copains, pour intégrer la 4° année avec un retard d’une année sur le cycle officiel pour me retrouver avec quelques hurluberlus qui avaient déjà une sérieuse avance sur moi en termes de connaissances techniques.
Si je dis « quelques » hurluberlus, c’est en fait parce que nous avons terminé le cycle à 7 élèves… Nous étions même groupés avec les gars de l’option « dessin de construction » pour pouvoir faire une classe d’une quinzaine d’élèves ! Le top donc ! Nous n’allions pas « à l’école », on allait plutôt retrouver ses copains et s’il n’y avait pas eu les échéances des examens, l’ambiance quotidienne ressemblait presque à celle d’un camp de vacances, au grand dam de certains profs parfois un peu trop sérieux à notre goût…
Vint alors la dernière année avec le fameux projet à réaliser…ce qui fut fait (on peut le dire) avec talent, brio, courage et…Christian Delhaise bien sûr !
Nous nous sommes lancés (un peu forcés tout de même par les profs d’élec de l’époque) dans l’étude et la construction d’un MLI, le fameux Moteur Linéaire à Induction qui a, pendant de nombreuses années, fait trembler au propre comme au figuré, les murs du labo d’élec et des locaux avoisinants.
Sans doute le plus audacieux, le plus fabuleux, le plus innovant, le plus risqué de tous les projets jamais réalisés à St Jo. (*1)
Dans ces années-là, mener à bien un projet signifiait qu’il fallait savoir forer, fraiser, souder, câbler, dessiner (sur calque et à l’encre de Chine), tourner, coller, limer, poncer et même peindre et réfléchir ! Bref un challenge gigantesque.
En fin de cette dernière année, il fallait en effet réussir à la fois ce projet, son année scolaire et un examen de maturité obligatoire pour pouvoir accéder à l’enseignement supérieur.
Des souvenirs ? En vrac :
Le fameux défilé annuel (et obligatoire !) dans les rues de Ciney ;
Un prof (j’ai oublié son nom) qui nous emmenait dans sa jeep au « bassin de natation » pour une activité obligatoire que nous détestions tous ;
Un voyage de fin d’études fabuleux au Mont Blanc, dont je ne me rappelle guère le but réel mais dont je me rappelle par contre parfaitement certaines choses fantastiques qu’on ne peut écrire ici ;
Un fameux « Damoiseaux, tu es un couyon des Batignolles » lancé avec son accent inimitable par un prof de mécanique excédé car je ne parvenais pas à lui restituer dans son intégralité l’équation de Bernouilli ;
J’ai été un court instant la « vedette » des élèves de l’Institut Saint Joseph car lors d’un essai de mise en parallèle d’alternateur sur le réseau, j’ai fait déclencher la cabine haute tension… maladresse ou intention réelle pour relever un défi ? Héhéhéhé, personne ne le saura jamais ! quoiqu’il en soit, tous les cours ont été suspendus pendant deux heures ;
Des profs motivés et compétents pour la plupart, désireux de nous apprendre un maximum avec rigueur et à un niveau très élevé qui dépassait largement le cadre de l’école secondaire. Je ne m’en suis seulement rendu compte qu’après, car certaines matières (en mathématique, électricité et mécanique notamment) faisant partie du programme des études supérieures du premier semestre étaient déjà connues car abordées en 6° !!!
Et puis il y a évidemment le souvenir de quelques bons copains malheureusement déjà disparus…
L’après St Jo
Après une licence en sciences économiques et deux graduats (électromécanique et électronique), je commence à travailler…dans le béton ! Dans cette petite entreprise familiale, j’ai joué le rôle de « l’homme à tout faire » : administration, vente, apprentissage de la gestion, du contact clients, rudiments de la « CAO » avec les «puissantes machines » de l’époque : un ZX Spectrum avec 48Ko de mémoire!!! Je me rappelle aussi avoir fait, par passion (et pendant la nuit), du dépannage des premières cartes logiques à transistors, les ancêtres des puissants automates programmables d’aujourd’hui.
Mais le béton, c’est froid, sale et bruyant et après deux années j’ai eu la chance d’être engagé dans un des plus gros bureaux d’études du pays. Juste le temps de comprendre le fonctionnement d’un tel bureau et j’ai été envoyé en « mission long terme » au bureau d’études de Solvay pour collaborer à la réalisation d’une toute nouvelle usine.
Ce fût ma première expérience d’intégration dans une équipe pour un projet multidisciplinaire ! De l’électricité, de la mécanique, de l’automation, de la chimie et, malheureusement pour moi, du piping et de la construction métallique. C’est dans ce dernier groupe que j’ai été intégré, et pour quelqu’un qui n’a jamais réussi un seul examen en « résistance des matériaux », il faut avouer que ce fut assez cocasse et parfaitement déroutant !
Même si le travail de bureau d’études est passionnant dans un premier temps, j’ai vite compris que je ne pourrais tenir longtemps entre quatre murs et que je devais trouver un boulot plus excitant et moins statique.
C’est donc en 1988 que j’ai rejoint un des géants mondiaux de l’électrotechnique et où je travaille toujours actuellement : Siemens.
Débutant dans une fonction correspondant plus à mes formations de base et à mes aspirations du moment, j’ai eu au cours de ces longues années l’occasion de parcourir presque tous les départements de cette société sans jamais être lassé, tellement le cycle des innovations et de l’apparition des nouvelles technologies est aussi fulgurant que captivant.
C’est aussi cette mobilité interne qui m’a permis d’acquérir une sérieuse expérience multisectorielle et de changer plusieurs fois de métier au sein de la même entreprise pour en arriver depuis quelques années à être en charge de consultance pour des projets complexes, de travailler avec des équipes adaptées à la nature du projet, avec des mentalités et des cultures parfois fort différentes : en Europe bien sûr, mais aussi les USA, le Maghreb, le Cameroun, le Sénégal, la Côte d’Ivoire,… Bref, j’ai parfois eu très froid et…très chaud !
Mon avis sur l’enseignement technique aujourd’hui ?
Euuuuh… cela existe-t-il encore ? Au secours !
S’il y a des décideurs dans la salle, je veux bien leur expliquer que depuis une trentaine d’années, à chaque fois qu’il y a une réforme, elle va dans le mauvais sens…
Si on pouvait écouter les « vrais enseignants » et leurs directions, peut-être que des solutions pourraient être implémentées sur le terrain pour former des futurs techniciens de qualité et réellement formés pour le marché du travail actuel !
Mais plus monte dans la hiérarchie, plus le manque de compétences, de compréhension de l’évolution des métiers et de vision à long terme se fait sentir…
Ce que j’ai retenu de St Jo ?
La qualité de l’enseignement et la manière de préparer à l’enseignement supérieur
Une exigence dans le travail quotidien
Un environnement presque campagnard
La « plaine », la vieille salle de gymnastique à l’angle de la rue Courtejoie et de la place Renaissance, l’Escale, …
On n’oublie pas St Jo, ses profs (et même certains de ses directeurs), d’autant plus que j’ai la chance d’y retourner presque chaque année pour participer aux jury de qualification de 6°
(*1) D’accord, j’en rajoute peut-être un peu, mais c’est presque la vérité, non ? ! Et puis, quelle aventure tout de même ce MLI !

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