Huet Jean-Marie

JOUR J-118 : Témoignage de Jean-Marie Huet sorti en 1967.
Épingler quelques faits marquants de mon passage à Saint-Joseph est une gageure tant les bons souvenirs sont nombreux. Je me souviens de ma rencontre avec le Frère Marcel DIEZ, en première primaire. C’était le 12 mars 1956, jour de notre arrivée à Ciney où papa était engagé comme ajusteur-outilleur aux Forges. Nous venions du petit village de Vyle-et-Tharoul. Le Frère Marcel, d’apparence austère mais bon comme le pain, me proposa quelques exercices de calcul et de lecture puis me fit lire l’heure au cadran de l’horloge de la classe. À l’issue de cet examen d’entrée réussi, je fus admis à l’école que je fréquentai de 1956 à 1961, avec beaucoup de bonheur.
Le bâtiment en briques rouge abritant les primaires, et une petite salle de spectacle, et une chapelle (où les confessions hebdomadaires étaient obligatoires !) n’existe plus. Il a fait place au bâtiment administratif de La Poste. Nous entrions par la ruelle au début de laquelle se trouvait le petit magasin de Marie RONVAL chez qui nous achetions des bonbons avant la classe. J’ai connu toutes les classes de ce bâtiment des primaires, avec des professeurs dont les noms sont encore dans ma mémoire : Mrs Jadot, Lejeune, Dewez, Parmentier et les Frères Joseph et Marc NADIN qui était le titulaire de la 6ème primaire.
Pour cette 6ème primaire, nous eûmes l’honneur de monter dans le « bâtiment des Modernes ». Puis vint le second cycle des Humanités Gréco-Latines en 1961 : nous étions la 3ème classe après la fondation de cette section par l’abbé Paul BERO qui devint plus tard curé de Tamines. Les professeurs pionniers de cette nouvelle section s’appelaient entre autres Paul et Pierre GILMARD, Mr SIMONS prof de grec et d’allemand, abbé PALIGOT qui nous apprit le grec, abbé ORBAN qui nous fit partager sa passion de l’art, le Fr. François PARENT, prof de religion, Mr VOTION qui nous apprit à nous exprimer dans un français correct. Une mention spéciale à notre titulaire de Rhéto, Yvan MOXHET, qui à lui seul totalisait 17 h de cours sur 35/semaine : latin, grec, français, histoire et religion. Qui ne se souvient de SCHOUMAQUE, le Fr. Ménandre, qui avait toujours un bout de cigarette aux lèvres et dont on nous disait « qu’il fumait parce qu’il avait été gazé pendant la première guerre mondiale sur l’Izer ». Au fond : la santé par la cigarette ! SCHOUMAQUE était la terreur en tant que Préfet de discipline : il suffisait qu’il nous regarde d’un air inquisiteur ou accusateur pour que nous nous demandions ce que nous avions fait de mal. Il était aussi – avec Sr Mechtilde – le directeur des Vacances Joyeuses que nous fréquentions du 15 juillet au 15 août. Nous disposions alors d’un immense espace aujourd’hui bâti : la grande pleine de jeux, les petits terrains en face des Modernes, et surtout le Parc BOSERET dont nous connaissions tous les recoins boisés et fleuris. À chaque fin d’année scolaire, les Écoles Catholiques défilaient fièrement dans les rues de Ciney, partant de Patria (rue du Condroz), descendant la rue du Commerce, remontant la rue Piervennes et la rue Courtejoie pour prendre part à la fancy-fair clôturant l’année… et renflouant les caisses de l’école. Une clique avait été constituée pour ces défilés ; j’y jouais du clairon, avec mon voisin José FLÉMAL, avec feu l’abbé Guy LUCAS qui jouait de la grosse caisse, sous la direction de Mr GILOT, prof. de musique et directeur du Conservatoire.
Après ces douze ans passés chez les Frères, j’éprouve une immense reconnaissance à tous ces professeurs – prêtres, religieux, laïcs – qui nous ont éduqués et formés, dans le respect des enfants que nous étions, et dont ils firent patiemment des hommes équilibrés et heureux.
Plus largement, cette éducation à Saint-Joseph reposait sur trois piliers : la famille, la paroisse et l’école. Nous avions un respect inné et inconditionnel de nos professeurs ; respect partagé par nos parents qui ne remettaient jamais en cause le bien-fondé des punitions ou retenues. Nous avons reçu une éducation chrétienne en harmonie dans la paroisse et l’école. Nos instituteurs étaient aussi nos catéchistes et nos animateurs Patro. Le matin : messe obligatoire à huit heures, avant de monter la rue Courtejoie. Et comme à ce moment-là, le jeûne eucharistique était obligatoire, je « petit-déjeûnais » à l’école. Lors des funérailles à la Collégiale, nous servions la messe et arrivions en retard à l’école, avec le consentement explicite des parents et des professeurs, sans répercussions sur nos résultats scolaires. Une autre époque…
J’éprouve aussi un sentiment de reconnaissance envers ce confrère chanoine de la Cathédrale de Reims : Jean-Baptiste de La Salle [1651-1719] qui fonda l’Institut des Frères des Écoles Chrétiennes et qui fut canonisé en 1900. Son souci de l’éducation des enfants de famille modeste déborda largement la capitale de la Champagne pour s’étendre au monde entier. En Europe, les Frères disparaissent progressivement mais l’idéal lasallien est repris par les professeurs qui le perpétuent et dont « Saint-Jo » actuel est le digne héritier.
Merci à mes professeurs qui ont fait de moi ce que je suis devenu ; merci à mes condisciples pour leur amitié qui perdure même si nous ne nous croisons plus qu’occasionnellement ; merci à St Jean-Baptiste de La Salle qui rendit tout cela possible. Et merci à ceux qui aujourd’hui font vivre mon école : P.O, personnel enseignant et technique, et surtout élèves pour qui tout cela existe !
Chanoine Jean-Marie HUET,
vicaire épiscopal et curé de la Cathédrale de Namur.

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